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Dès son arrivée dans le Lettrisme en 1972, l’art de la prose sera le terrain de prédilection d’Anne-Catherine Caron. Son œuvre s’édifiera tout d’abord sur de simples feuillets épars, puis sur des tableaux au sein desquels figurait systématiquement la mention de roman. Leurs traits communs visaient à réduire la totalité des signes de la communication à l’unité exclusive du carré, inlassablement répété et parfois entrecoupé des lettres A et Z.

C’est toutefois en 1976-77 que l’auteure rassemblera les fondements constitutifs de cette approche romanesque dans Roman à Équarrir, paru en 1978 aux Editions Anakota, un « roman barbare » campant une vision hermétisée et épurée des possibilités des multi-écritures. L’on peut y discerner une expression qui recherche constamment l’objet et le sujet de son écriture, et, tout en s’interrogeant sur les formes possibles de la fiction, s’essaie de manière presque obsessionnelle à définir et à cerner toutes les configurations possibles de son élément principal.

Mais dans une stratification supplémentaire de sa démarche, l’écrivain introduit un jeu ludique l’incitant à agir sur la progression narrative, voire sur la composition traditionnelle, en désorganisant la mise en page, en brisant l’ordre des chapitres, notamment par une table des matières incongrue, discrépante et détachée de son contenu intrinsèque, pour constituer de nouveaux récits infinis qui nourriront la plupart de ses œuvres suivantes, depuis Tu minaudes alors qu’il faut changer le monde ou le Roman mural (1992-2002) présentée au Musée d’Art Contemporain d’Albisola en 2003, jusqu’à Romanzo di una lettrista (Galleria delle donne, Turin, 2006), en passant par ses Romans excoordistes en bandes roulées ou ses Romans en pile, De la Carritude en Lettrisme ou, encore, Alice à la racine carrée du Lettrisme (2000-2010, Editions Psi) et Du Roman (entre) les lignes (2014). Elle participe aux principales expositions du groupe lettriste et plus particulièrement à La Vérité lettriste, Après la fin de l’art (Musée d’art moderne de Saint-Etienne), Lettrisme : Vue d’ensemble sur quelques dépassements précis, Villa Tamaris (2010), Pensiez-vous (vraiment) voir une exposition, Passage de Retz, Paris (2012). Commissaire d’expositions, elle cosigne plusieurs manifestations avec Roland Sabatier comme Collection  lettriste : intime et Ultime (2007) ou L’Anti-cinéma lettriste 1952-2009 (2009) et organise la seconde édition de Le Lettrisme au-delà de la féminitude à la Villa Cernigliaro où sous le titre Murmure de femmes autour du Lettrisme, elle esquisse la première histoire des femmes à l’intérieur de ce mouvement d’avant-garde.

Après la récente publication Du roman (entre) les lignes, Anne-Catherine Caron propose une œuvre romanesque hermétique dont le titre se soustrait et se dérobe lui-même au regard et à l’entendement du lecteur. Composée de 16 planches au format 21 x 29,7 cm, cette réalisation qui se réclame de la structure excoordiste, s’inspire également du Roman dans la rue et du Roman blanc conçus par Isidore Isou, le fondateur du Lettrisme. Dans son Avertissement initial, cette nouvelle prose rend compréhensible la part anéantissante de ses quatorze chapitres, échelonnés de 2010 à 2015, qui pourrait s’intituler Pérégrinations et Equivoques, comme elle aurait de même pu se voir sous différentes autres appellations : Le Roman dans la Villa C. ou encore, Roman dans la rue du Cosmos.

Cette dernière se retrouve aujourd’hui à la Villa Cernigliaro qui, déjà en 2011, avait présenté son Roman lettriste de la Villa Cernigliaro dont ces Pérégrinations s’offrent comme une suite dans laquelle le concept d’Equivoques symbolise les attaques progressives et définitives que l’artiste entend porter à l’agencement formel de son récit.

Pérégrinations et Equivoques incarne à la fois une promenade spirituelle et une déambulation dans la conceptualisation mise en doute de la concaténation narrative que l’auteure explore sous différentes formes depuis Roman à Equarrir, son premier opus publié en 1978.

(Communiqué de presse, Villa Cernigliaro, le 15 juin 2015.).


*Les différents chapitres de ce roman comprenant un Avertissement au lecteur, séparés les uns des autres pour sa mise en scène lors de l'exposition, ont fait l'objet , en juillet 2015, d'une publication chez Psi.


Vue d'ensemble  de l'exposition à la Villa Cernigliaro.




 

Pérégrinations et équivoques (Roman), 2010 - 2015*

VILLA CERNIGLIARO                  

I – SORDEVOLO, BIELLA

20 juin / 30 juillet 1015

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ANNE-CATHERINE CARON

PEREGRINATIONS ET EQUIVOQUES (ROMAN)